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  Flore des Estives et Lacs  
   


 
Finies la fraîcheur et l'ombrage de la forêt pyrénéenne, voici l'étage alpin, avec son soleil tout puissant qui dicte sa loi (et encore plus côté espagnol, sur les versants sud).
Si ce n'était la pente, qui continue de nous porter vers le ciel, on pourrait se croire sur une pelouse anglaise : l'herbe est rase, dense, touffue, mélange de fétuque et de laiche courbée.
Différence fondamentale, cependant, par rapport au gazon des golfeurs : une multitude de fleurs, aux formes étonnantes et aux couleurs plus éclatantes les unes que les autres, parsème ces estives (*) pyrénéennes.
Profitons-en, ce festival ne durera pas, car ces fleurs ont appris à vivre vite…
À plus de 2 000 m d'altitude, en effet, la belle saison est courte, et les plantes n'ont pas beaucoup de temps.
À peine ont-elles trois mois, de juin à août, pour accomplir leur cycle complet : pousse, fleurissement, maturation, production de nouvelles graines.
Puis le froid et la neige reviendront imposer leur loi, toutes les plantes entrant en sommeil dès que la température descend en dessous de - 5°C.
La belle saison des fleurs des estives aura vécu, courte mais flamboyante.

| Anémone printanière |

 

  Le froid qui blesse…
 
De nombreuses plantes pyrénéennes ressemblent étrangement aux plantes du désert : poilues, en boule, grassouillettes…
Pourquoi ?
Parce que l'eau glacée est impossible à absorber par ces végétaux, et même au milieu d'une neige abondante, elles peuvent donc avoir soif… Pire encore, s'il gèle très fort, cette eau peut alors les détruire, en faisant éclater leurs tissus, ou en soulevant la terre dans laquelle elles puisent leurs racines. D'où le système de protection adopté par des œillets, des saxifrages, des gentianes, des androsaces, qui peuvent vivre ainsi plus de 50 ans en boule très serrée, dans les creux d'estives.
Au cœur de ces coussinets, toujours humides, la température peut être supérieure de 10°C à celle qui règne au dehors…

… la neige qui protège
 
Au 19e siècle, des botanistes avaient ramené des fleurs de montagne pour les planter en plaine.
Or, surprise, elles furent détruites par le gel hivernal, alors qu'elles résistaient très bien en altitude ! Ces scientifiques avaient oubliés que là haut, ces plantes passaient l'hiver sous une épaisse couche de neige, manteau idéal pour maintenir la température au niveau du zéro, même quand la bise souffle à - 20°C juste au dessus…
Comme il faut vivre vite, certaines plantes n'attendent même pas la fonte des neiges pour se lancer.
Au bord des combes humides et froides et des lacs pyrénéens, la petite soldanelle surgit au fur et à mesure de la fonte du manteau neigeux, arrivant même à percer les ultimes deux ou trois centimètres de glace.
L'anémone printanière , elle, ne semble rien craindre avec ses tiges recouvertes de petits poils, et le crocus printanier fait aussi jaillir ses corolles blanches ou roses à travers la neige fondante.

 
| Gentiane printanière |

De la neige tout en couleur
 
Curiosité : juste à la surface de la neige fondante, des millions d'algues microscopiques prolifèrent dès la fin du printemps, se nourrissant juste des poussières nutritives apportées par le vent ou le ruissellement. Elles finissent parfois par être si nombreuses qu'elles créent des plaques vertes, jaunes ou rouges sur la neige.
Mais attention à la fonte : une température de seulement 4°C représente déjà pour elles une chaleur insoutenable.
La neige colorée, véritable Land Art naturel, n'aura duré que quelques jours…
 

  Se parer de belles couleurs
 
Rouges, jaunes, bleues, violettes, …, les fleurs des estives pyrénéennes et des bords de lacs rivalisent pour savoir laquelle sera la plus éclatante tout en rusant avec l'appétit des ruminants venus là en transhumance.
Mais cette explosion de coloris n'est pas gratuite : elle est là pour attirer les insectes pollinisateurs, certes, elle les protège aussi des rayons ultra-violet du soleil, très nombreux en altitude, tout en leur permettant de mieux capter la chaleur des rayons lumineux.
Avoir des couleurs éclatantes pour ne pas les perdre, telle est, en somme, leur devise.
Au panel de ce festival, il y a le bleu somptueux de la gentiane printanière, petite clochette semblant surgir directement de terre, ou encore celui de la gentiane de Koch aux grosses fleurs en forme de vase, ce qui lui permet de concentrer la chaleur des rayons solaires.
Il y a aussi le jaune vif de l'anémone soufrée, aux grandes fleurs isolées les unes des autres, celui de l'arnica, "marguerite" dont on fait une pommade contre le coups, le rose de l'œillet des Chartreux et de l'azalée naine rampante, le rouge de l'orchis vanillé au parfum si délicat…

| Parnassie |

À fleur d'eau
 
La neige a fondu, elle a ruisselé, puis bouillonné vers la piémont sauf si elle s'est retrouvée "piégée" dans une combe, un creux, une dépression derrière une moraine.
Sur les rives de ces eaux dormantes de haute altitude, fleurissent quelques plantes ayant un goût prononcé pour l'humidité. Ce sont les petites touffes blanches, fleurs de la linaigrette bien voyantes au milieu des joncs verts ; c'est la grassette commune, étrange plante carnivore n'aimant pousser que dans les terrains très humides ; c'est encore la parnassie des marais, qui se reconnaît à ses feuilles en forme de cœur, ou la potentille des marais aux fleurs en étoile.

(*) Ce mot, équivalent des " alpages" des Alpes, est dérivé du verbe occitan " estivar ", qui signifie " passer l'été ".

   
Quelques beaux sites pyrénéens, aux pelouses et aux rives riches en flore :
Les lacs de Carnau (64), le massif du Néouvielle (65), le lac de Gaube (65), le lac d'Oô (31), le massif des Encantats (Espagne), la vallée d'Orlu (09), la haute vallée de Vicdessos (09), le désert du Carlit (66).

 

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