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Flore des falaises et éboulis
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Pyrenees centrales, côté français, 2 600 m d'altitude en plein été,
approche du pied d'une falaise.
La forêt est déjà loin en dessous, même les pelouses des estives ont cédé
la place face à l'altitude et à la pente.
Le sommet n'est plus très loin, mais la marche se fait difficile : chaque pas
se doit d'être mesuré pour ne pas déraper au milieu de la roche délitée,
chaque avancée se fait au prix d'un dérapage contrôlé avec effort sur
le lit d'éboulis.
La falaise a une verticalité brûlante, on cherche en vain la moindre parcelle
de terre dans cette minéralité du bout du monde.
Comment des plantes pourraient bien pousser là, entre ces torrents de pierres
mouvantes et cette dalle sans accroche ?
Elles sont bien là pourtant, les plantes de roche.
Peu nombreuses certes, isolée les unes des autres, comme si elles voulaient
compenser par cette distance les conditions de vie terrifiantes que leur impose
ce milieu minéral. Pas ou peu de terre nourricière, à peine quelques fissures
où accrocher ses racines, une absence quasi totale d'eau qui ne fait que passer
quand il pleut, et le risque de se faire écraser à tout moment par un nouveau
roulis de pierre.
Elles sont bien là, peu nombreuses, mais chacune d'entre elle est une merveille
de spécialisation montagnarde.
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 | Ramonde des pyrénnées | |
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Les acrobates accrochées
Face à la verticalité des falaises, une seule solution pour vivre et survivre :
avoir de profondes racines qui s'infiltrent dans la moindre fissure et permettent
d'aller puiser de l'eau et les maigres substances nutritives présentes.
Ainsi, bien fixées, ces acrobates ne peuvent pas être délogées, pas même par les longs
mois d'hiver, puisque ces même racines leur servent de stock d'énergie.
Rien ne peut ainsi chasser la
saxifrage pyramidale,
qui se permet le luxe d'attendre plusieurs années avant de donner une belle grappe
de fleurs blanches.
Rien ne peut atteindre
l'androsace velue,
qui a adopté la forme en coussinet, idéale pour se protéger du froid.
Rien ne peut empêcher la belle étoile argentée de
l'edelweiss
("l'immortelle" pour les bergers occitans, la "flor de neu", fleur de neige,
pour les Catalans) de s'épanouir au milieu d'une rosette de feuilles "poilues",
protectrices.
Seule la rare ramonde
des Pyrenees, belle endémique du massif pyrénéen, aura du mal à s'accrocher
aux falaises de haute altitude. Non à cause de l'absence d'un système racinaire
suffisant, mais plutôt parce que ses lointaines origines tropicales l'empêchent
de pousser au dessus de 1 800 m.
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| Benoîte rampante | |
Les colonisatrices rampantes
Juste au pied des falaises pyrénéennes, le sol n'est jamais stable.
Au rythme des nuits glaciales et des journées torrides, les pierres
se fendent, s'éclatent, roulent, tombent en permanence et modifient
sans cesse l'éboulis.
Face à cette mouvance permanente, seules quelques plantes pionnières
arrivent à s'installer là, grâce à leur système de racines "migratrices"
qui serpentent sous les pierres.
C'est le trisète,
graminée aux inflorences discrètes, mais dont les longues racines
"migrent" en permanence entre les moindres espaces de roche.
C'est aussi le crépis nain
aux fleurs jaunes rampantes qui, s'il est écrasé, voit dix autres de ses pieds surgir
un peu plus loin en quelques semaines. C'est encore le
céraiste alpin,
bien présent Dans les Pyrénées malgré son nom, dont le rhizome rampant émet
en permanence des courtes rosettes de feuilles plus ou moins laineuses,
avec leur "tapis" de poils blancs.
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Les recouvreuses de roche
Quelques dizaines de mètres plus bas sur la pente, l'éboulis se fait plus stable,
seules quelques grosses pierres tombantes viennent de temps en temps troubler
l'ordonnancement chaotique.
C'est le domaine des rares "recouvreuses" généreuses, celles qui préparent
le terrain pour d'autres plantes, en envoyant un réseau de tiges denses
tout autour d'elles : elles fixent ainsi l'éboulis en emprisonnant
peu à peu terre et pierres entre leurs racines, telle la
benoîte rampante
qui lance ses tiges dans tous les sens autour d'elle, avant qu'elles
ne se transforment en racines solides.
La jourbarbe toile d'araignée
fait son travail en blottissant dans les creux ses petites rosettes
de feuilles couvertes d'un réseau de fils qui la protège du froid,
tandis que la dryade à huit pétales
couvre les éboulis de petits tapis qui épousent le modelé de la roche, révélant
tout l'été ses fleurs blanches éclatantes. Pendant ce temps, la
linaire des Alpes
étend ses tiges couchées sur les pentes.
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| Joubarbe toile araignée | |
Résistants à tout !
Les lichens sont
des plantes incroyables : ils arrivent à pousser sur des rochers complètement
nus et fouettés par les vents glaciaux, sans un gramme de terre.
Leur secret ?
Être composés à la fois d'algues et de champignons microscopiques.
Les algues fabriquent des éléments nutritifs grâce à l'intense photosynthèse
qui règne en altitude, et les "offrent" aux champignons. Ceux-ci, en échange,
assurent une protection aux algues contre le froid de par le "manteau" que forme
leur mycélium.
Belle association, mais qui a des limites : sur les roches des Pyrenees,
les lichens poussent de un à deux millimètres par an…
(*) Ce mot, équivalent des " alpages" des Alpes, est dérivé du verbe occitan
" estivar ", qui signifie " passer l'été ".
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Quelques belles falaises pyrénéennes :
Autour du pic d'Anie, sommet calcaire (64), du pic du Midi d'Ossau (64),
du Balaïtous granitique (65), du Vignemale (65), du Taillon à Gavarnie (65),
du Mont Perdu (Espagne), du Néouvielle (65), du Posets calcaire et de l'Aneto (Espagne),
du Mont Valier (09), du Carlit (66), du Canigou (66)…
En fait, tous les massifs culminants au dessus de 2 200 m côté français,
et 2 400 m côté espagnol.
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