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Avertissement
L'église cathare et la croisade ont touché une vaste région, de Cahors à Béziers. Les itinéraires proposés ici ne présentent que les sites de la zone pyrénéenne, étendue jusqu'à Narbonne et Carcassonne.

  Le Catharisme 

Introduction

par Pilar Jiménez Sanchez
ex-Directrice scientifique du Centre d'études cathares

Origines et zones d'implantation
Le catharisme surgit dans la Chrétienté occidentale au milieu du 12e siècle. Ce mouvement chrétien médiéval est imprégné de la spiritualité dominante à l'époque et réclame, comme d'autres mouvements de son temps, le retour au modèle d'Église du premier christianisme. Condamnant l'Église romaine et sa hiérarchie pour ne pas respecter l'idéal de vie et de pauvreté du Christ, les cathares se considèrent comme les vrais disciples pratiquant comme les apôtres la pauvreté absolue, tout en travaillant de leurs mains pour vivre. Des communautés d' "apôtres itinérants" sont alors attestées sous différents noms (cathares, piphles, publicains, tisserands, bougres, patarins, albigeois) dans les villes et les campagnes du nord de la Chrétienté médiévale occidentale : en Allemagne (zone d'Empire) et Italie, mais aussi dans les principautés du nord du Royaume de France (Flandre, Bourgogne, Champagne) et du Midi. Le catharisme connaît l'accueil le plus favorable et durable dans le Midi de la France, ainsi que dans les villes du nord et du centre de l'Italie. Dans ces régions, les cathares, ou plutôt les "bons hommes" ou "bons chrétiens" comme ils se désignaient (l'Inquisition les appelle "parfaits"), s'organisent en communautés d'hommes ou des femmes dirigées par des anciens, des diacres et des évêques. Ces communautés sont constituées de plusieurs "maisons ", se consacrant à des activités différentes (principalement dans les métiers liés à l'artisanat local). Plusieurs communautés constituent une église ou diocèse cathare, à la tête de laquelle se trouve l'évêque. Au milieu du 12e siècle (1167) les Églises cathares sont au nombre de quatre : Albi, Toulouse, Carcassonne, Val d'Aran. Au 13e siècle, deux nouvelles églises se constituent : l'église d'Agen et l'église du Razès, celle du Val d'Aran n'étant plus mentionnée. Ces églises sont indépendantes les unes des autres dans la gestion et les décisions, les cathares ne reconnaissant pas une autorité supérieure à celle de l'évêque, récusant donc celle du pape. Si le catharisme est pratiquement éradiqué dans les régions septentrionales de l'Europe au milieu du 13e siècle, des îlots résistent encore au début du 14e siècle dans certaines zones du Midi de la France et de l'Italie, malgré les moyens que l'Église catholique met en place pour les supprimer.
 

 


 
Une "hérésie" persécutée
Par leur attitude obstinée, affichant un anticléricalisme intransigeant contre la hiérarchie catholique à laquelle est reprochée l'accumulation de richesses et l'abus de pouvoir, les cathares s'attirent les foudres de l'Église romaine qui les condamne comme hérétiques. Comme d'autres mouvements dissidents ou contestataires de l'Église contemporaine, les cathares sont les cibles de sa lutte contre l'hérésie. Elle l'instaure afin d'épurer la chrétienté occidentale de tout individu ou groupe mettant en péril le modèle d'Église et de société chrétienne qu'elle entendait imposer depuis le début du 10e siècle.

Pour combattre le danger supposé, représenté par les dissidents, l'Église catholique confie la lutte contre la dite "hérésie" aux cisterciens, au 12e siècle, puis, au 13e siècle aux ordres mendiants (franciscains et dominicains). Difficiles de convaincre par la prédication et par le débat doctrinal que dans un premier temps, et dans le Midi de la France, l'Église cherche à établir avec eux comme avec d'autres "hérétiques". Certains parviennent à abjurer, comme les vaudois, mais les cathares se montrent irréconciliables, préférant plutôt devenir martyrs que d'intégrer les rangs du clergé catholique. Pour cette raison, le Pape Innocent III lance en 1209 contre les albigeois ou "cathares" la première croisade qui va se dérouler dans les territoires de la Chrétienté occidentale pendant vingt ans (1209-1229). La lutte armée se poursuit dans le Midi et ailleurs dans l'Occident chrétien tout au long du 13e siècle, relayée par le Tribunal de l'Inquisition créé en 1233 par la papauté, avec pour objectif la traque de la "dépravation hérétique".

La doctrine cathare
Aux yeux de la papauté, les cathares étaient pires que des infidèles (juifs et musulmans) car, tout en étant chrétiens, ils interprétaient différemment certaines croyances et contestaient la doctrine des sept sacrements que les théologiens catholiques avaient fixée dès le début du 12e siècle. Quelles étaient donc les croyances des cathares ? Ils poussent à l'extrême le message des Écritures qui formule la croyance dans l'existence de deux mondes, l'un bon et l'autre mauvais. Le premier, le monde invisible dont les créatures sont éternelles, résulte de la création de Dieu le Père ; le second, le monde visible et corruptible, est l'oeuvre du diable. De cette croyance dans la dualité des mondes, qui cherche au départ à exempter Dieu de toute responsabilité du mal dans ce monde-ci, les cathares bâtissent leur propre système de croyances, système qui connaît ses variantes selon les périodes et les aires culturelles où ils parviennent à s'implanter.

Néanmoins, et malgré les variantes, on peut réaliser un portrait type des croyances cathares. Dieu a créé uniquement le monde invisible et éternel et ses créatures, les anges. Parmi eux, l'un pèche d'orgueil en vouant se révolter contre le Père et égaler sa puissance : c'est le diable, ange déchu expulsé du ciel avec d'autres anges, dont certains ont péché avec lui, d'autres étant entraînés par lui dans sa chute. Introduits dans les corps de chair fabriqués par le diable, ces anges sont devenus les âmes des hommes et des femmes à qui le Christ, fils de Dieu, est venu révéler leur origine céleste et montrer le moyen de retourner au ciel. Le Christ est donc uniquement l'envoyé du Père venu porter le message du salut aux hommes. Il n'est pas, comme pour les catholiques, le rédempteur du péché. Il n'a pas souffert la Passion, il n'est pas mort sur la croix car il n'avait un corps de chair qu'en apparence.
 

 

 
Sacrements et rites cathares
Le sacrement du consolamentum (consolation) ou baptême d'imposition des mains pratiqué par le Christ est le seul à porter le salut. Ce sacrement joue un rôle fondamental dans les communautés cathares car il est à la fois sacrement d'ordination (il fait d'un croyant cathare un "parfait"), de pénitence, d'eucharistie et d'extrême onction (appelé "consolamentum" des mourants). Le consolamentum est conféré par un membre de la hiérarchie et exige de celui que le reçoit le respect de la règle cathare (pratique de l'ascèse, abstinence de certaines nourritures comme la viande et ses dérivés) ainsi que la pratique de la morale évangélique (défense de jurer, de mentir, de tuer). Les cathares considèrent inefficace le baptême d'eau que les prêtres catholiques confèrent aux nouveau-nés car ceux-ci n'ont pas l'âge de prendre conscience de l'engagement que comporte le baptême pour celui que le reçoit. Ils contestent le sacrement de l'eucharistie, refusant de croire en la transformation des espèces (transubstantiation), c'est-à-dire du pain et du vin qui deviendraient le corps et le sang du Christ lors de leur consécration par le prêtre dans la messe. A la place, et en mémoire de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, les cathares bénissent le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidèles. Ils contestent aussi le sacrement de mariage catholique, celui-ci légitimant à leurs yeux l'union charnelle de l'homme et de la femme, union à l'origine du péché du premier couple selon leur interprétation de la Genèse. En résumé, les cathares adoptent le modèle de vie, les rites et les sacrements des premières communautés chrétiennes (la seule prière est le Notre Père) s'appuyant principalement dans les enseignement du Nouveau Testament. Pour ces raisons, ils considèrent inefficaces la médiation des saints, le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les défunts), pratiques instaurées par l'Église tout au long du Haut Moyen Age. De la même manière, ils n'attachent pas d'importance aux bâtiments d'église comme seul lieu du culte car, pour eux, la parole du Christ peut être enseignée là où se réunissent les fidèles.


Bibliographie sommaire de Pilar Jiménez Sanchez, ex-Directrice scientifique du "Centre d'études cathares

- L'évolution doctrinale du catharisme, 12e-13e siècle, thèse de Doctorat d'Histoire à l'Université de Toulouse - Le Mirail, 2001, sous presse.

- "Aux commencements du catharisme : la communauté d' "apôtres hérétiques" dénoncée par Evervin de Steinfeld en Rhénanie", dans HERESIS (Revue semestrielle d'Histoire des dissidences médiévales), n° 35, 2001, p. 17-34.

- "Lombers (1165) : une assemblée controversée au service du combat contre l'hérésie ? ", dans Les sociétés méridionales à l'âge féodal (Espagne, Italie et sud de la France, 10e-13e siècles), Hommages à Pierre Bonnassie, Toulouse, CNRS/Université Toulouse - Le Mirail, 1999, p. 311-318.

- "Le traité cathare anonyme " : un recueil d'autorité à l'usage des prédicateurs cathares ? ", dans HERESIS, n° 31, 1999, p. 73-100.

- "La vision médiévale du catharisme chez les historiens des années 1950 : un néo-manichéisme", dans Catharisme : l'édifice imaginaire, Collection Heresis, Carcassonne, CEC, n° 7, 1998, p. 65-96.
 

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